émotion Archives - Mes attaches invisibles https://www.alexandrastrauss.fr/tag/emotion/ Le site d'Alexandra Strauss Wed, 15 Jul 2015 09:49:16 +0000 fr-FR hourly 1 https://www.alexandrastrauss.fr/wp-content/uploads/2020/09/favicon-32x32-1.png émotion Archives - Mes attaches invisibles https://www.alexandrastrauss.fr/tag/emotion/ 32 32 Pourquoi écrivez-vous ? II, capter l’instant. https://www.alexandrastrauss.fr/pourquoi-ecrivez-vous-suite-capter-linstant/ https://www.alexandrastrauss.fr/pourquoi-ecrivez-vous-suite-capter-linstant/#comments Sun, 15 Sep 2013 16:17:48 +0000 http://www.alexandrastrauss.fr/?p=750 L’eau est transparente, les galets jolis, rouges, gris, bruns. J’enlève mes sandales et y plonge les pieds. Le ciel très bleu est traversé de nuages sporadiques et de vols de mouettes. L’ile face à moi est couverte d’arbres dont la cime dodeline dans la brise. C’est presque l’automne, mais ils sont encore verts. Je regarde […]

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écorce, Stockholm, 15 09 13

écorce, Stockholm, 15 09 13

L’eau est transparente, les galets jolis, rouges, gris, bruns. J’enlève mes sandales et y plonge les pieds. Le ciel très bleu est traversé de nuages sporadiques et de vols de mouettes. L’ile face à moi est couverte d’arbres dont la cime dodeline dans la brise. C’est presque l’automne, mais ils sont encore verts. Je regarde passer les marcheurs, les cyclistes, les familles sur les barques. J’ouvre mes yeux à la lumière, mes oreilles aux sons, mon épiderme à la douceur des rayons du soleil et à la fraicheur de l’eau. Je suis seule.

Expérience commune. Courante. Partagée.

L’on peut se lever, marcher, continuer la route.

L’on peut sortir le carnet, se laisser envahir par l’afflux des pensées qui montent de l’inconscient, sont analysées par le conscient, se révèlent et révèlent celui qui les émet. Noter les pensées. Petites bulles de sens qui éclatent à la surface.

L’on peut sortir l’appareil photo ou le téléphone et capter les détails ou l’ensemble, chercher le cadre qui sera le plus fidèle à la vision que j’ai du lieu et de ma position dans ce lieu.

La photo – et ce pourrait être le dessin griffonné sur un bout de papier – ou l’écriture, – et ce pourrait être l’enregistrement de la voix sur un support quelconque – comme capture de cet instant indicible qu’est le présent, la vie. Echange immédiat avec soi-même, échange à venir avec les autres. L’homme dit «des cavernes» dessinait ou entaillait la roche de marques profondes qui témoignaient de son geste et de sa présence là, à ce moment là, et peut être du sentiment qui l’habitait. Marquer le temps dure depuis aussi longtemps que l’homme.

Mais la captation de la sensation physique est impossible. La fraicheur minérale de la pierre sous mon corps assis, les ondes provoquées par le passage d’une barque à moteur, le rire d’un enfant ou le crissement des roues d’un vélo sur le gravier restent insaisissables. J’ai beau les écrire, je ne retiens rien. Les mots vont s’ajouter à la masse des mots écrits, je suis seulement vaguement soulagée.

De toutes les façons, je ne voulais que marquer l’instant. Vouloir croire que je veux y rester est un mensonge. L’instant est riche, plein, magnifique, et pourtant sans cesse mon esprit se projette en avant, attend l’instant suivant, le jour suivant. Impossible satisfaction. Impossible arrêt du temps dans le plaisir ou le bonheur.

Tout l’humain et ses contradictions sont là. Le moment présent et la conscience aigüe de son immatérialité. Je souffre de la fuite du temps, mais j’attends aussi avec impatience ce que l’instant suivant me réserve. Ma curiosité l’emporte sur l’intensité du présent. Car, quel autre paysage ? Quel autre rayon de soleil ? Quelle rencontre avec quel être envers lequel je ressentirai cette inexplicable attirance ?

Je veux l’immortalité, mais je veux le flux du temps aussi.

Il paraît que l’homme est raisonnable, c’est à dire qu’il raisonne sur son état, mais la plupart de ses décisions relève de ses impulsions, de son irrésistible curiosité de l’avenir. L’on dit que certains agissent par cupidité, mais c’est sans doute seulement aussi parce qu’amasser des biens matériels est une autre manière de laisser une trace, ou de se sentir vivant, ancré dans le seul monde que nous connaissons, voir Citizen Kane, voir tous les plus véreux businessmen du monde.

A 100 ans, ma grand-mère n’a plus de curiosité. Elle ne se sent plus dans le flux du temps, mais dans une sorte de présent comateux sur lequel elle n’a plus prise. Le corps a abandonné la course, l’esprit aussi. L’ennui de tout l’habite. Les dieux grecs s’ennuyaient-ils aussi ? A 87 ans, il semble qu’Albert Jacquard, que la vie a quitté il y a quelques jours, était toujours curieux de lui-même et des autres, toujours avide de suivre l’histoire humaine, d’y jouer son petit rôle. Peut être, lui aussi, au bord du bras de mer, en une journée qui sera peut-être la dernière de cet été ci, aurait-il trempé ses pieds dans l’eau froide et regardé les nuages envahir le bleu du ciel en pensant: je suis là, je veux rester là, cette seconde ci, je veux continuer à la ressentir et pour cela, je vais l’écrire avant de me lever pour passer à autre chose.

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Asse et Hantaï, deux oeuvres peintes où s’immerger cet été https://www.alexandrastrauss.fr/asse-et-hantai-deux-oeuvres-peintes-ou-s-immerger-cet-ete/ https://www.alexandrastrauss.fr/asse-et-hantai-deux-oeuvres-peintes-ou-s-immerger-cet-ete/#comments Fri, 02 Aug 2013 08:46:36 +0000 http://www.alexandrastrauss.fr/?p=705 Parler des images avec les mots est un exercice difficile, mais retranscrire en mots les sensations éprouvées face aux images peut être tenté. Jusqu’à début septembre au Centre Pompidou à Paris, vous pouvez aller confronter votre regard aux œuvres de Geneviève Asse et de Simon Hantaï, peintres contemporains, puisque nés tous deux début des années […]

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Geneviève ASSE

Geneviève ASSE, Lignes et rouge, 2010

Parler des images avec les mots est un exercice difficile, mais retranscrire en mots les sensations éprouvées face aux images peut être tenté. Jusqu’à début septembre au Centre Pompidou à Paris, vous pouvez aller confronter votre regard aux œuvres de Geneviève Asse et de Simon Hantaï, peintres contemporains, puisque nés tous deux début des années 1920, et dont le Centre offre à voir le travail de leur vie, en une douzaine de toiles à l’étage du musée pour Asse, en une large rétrospective pour Hantaï. Je ne ferai pas ici de biographie, accessible un peu partout sur le net. Je parlerai juste de sensations dans l’idée de partager mon enthousiasme pour leur travail et de donner envie d’aller le voir. Car leur puissance est absolument imperceptible en reproduction.

Tous deux sont des abstraits lyriques, comme Rothko, Pollock, Mathieu. C’est à dire qu’ils recherchent dans l’acte de peindre l’émotion directe, celle-ci n’étant perceptible que lorsque l’on plonge directement dans la matière de leurs toiles. On peut aller à leur rencontre sans aucune connaissance, aucune habitude de la peinture. Ils offrent des mondes de sensations accessibles à qui veut bien se laisser entraîner.

Asse, je ne connaissais pas du tout. La peintre, qui habite aujourd’hui en Bretagne, est une femme discrète et cette discrétion se retrouve dans sa peinture. Ses toiles sont de grands formats, presque toutes dans des teintes de bleu qui sont comme des rideaux aquatiques ou textiles derrière lesquels se ressent un monde. La première impression lorsque je suis entrée dans la salle où elle est exposée est la sérénité, l’équilibre. J’ai été happée par une intensité calme, une vibration qui m’a projetée dans ses espaces vaporeux, et je me suis sentie soudain comme suspendue entre le monde extérieur dont elle part (ses premières toiles sont des fenêtres, des portes…) et celui, intérieur, qu’elle dévoile derrière ses lignes, ses fentes, ses lignes de démarcation. J’ai eu envie de me coucher dedans, comme dans le lit d’une rivière qui coule autour de soi.

asse

Geneviève ASSE, Ouverture de la nuit

 

Hantaï, c’est autre chose. A l’opposé de l’entêtement obsessionnel de Asse, il est le peintre de la recherche tourmentée, des expériences, du travail énorme, excessif. Son oeuvre est colorée et violente, charnelle, mais toujours dans l’équilibre. Il a commencé au sein du groupe des surréalistes (dans l’après guerre et les années 50) et l’on retrouve dans ses première toiles les formes osseuses, les tubes, les objets intérieurs et organiques de Dali et Tanguy, Lam ou Matta. Les peintures de Hantaï entraînent dans un voyage sans issue, d’ailleurs il cessera de peindre à la fin de sa vie, son travail étant devenu systématique, sa logique ayant trouvé son terme, ce qui est assez émouvant d’ailleurs car il a vraiment été au bout de lui-même atteignant une plénitude qui rappelle Matisse. Passer entre les toiles immenses de Hantaï, c’est pénétrer dans un détail de Klimt mille fois grossi, c’est vibrer au rythme des écailles, des étoiles, feuillages asiatiques, nymphéas tropicaux, un magma qu’évoquent les formes produites par sa technique de toiles pliées, peintes, dépliées, repeintes… c’est partager sa folie, sa frénésie, son plaisir des couleurs et des formes. On s’y roulerait.

Simon HANTAI, Peinture, 1959

Simon HANTAI, Peinture, 1959

Aller au musée est toujours une activité bizarre. On se demande quel acte culturel on commet là d’aller s’enfermer dans des salles où sont offertes aux sens et à la réflexion des surfaces planes ou développées dans l’espace issues du travail de ceux qu’on appelle les artistes, qui sont parfois des chamanes, c’est à dire des intercesseurs entre nous et les mystères du monde. Car parfois, une rencontre peut avoir lieu entre une œuvre et vous-même. Les toiles peuvent être l’origine de ressentis forts comme certains paysages, certaines musiques. Elles peuvent faire naître en soi des myriades de sensations. Cela m’est arrivé hier. A vous.


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