beauvoir Archives - Mes attaches invisibles https://www.alexandrastrauss.fr/tag/beauvoir/ Le site d'Alexandra Strauss Wed, 09 Jan 2019 15:22:48 +0000 fr-FR hourly 1 https://www.alexandrastrauss.fr/wp-content/uploads/2020/09/favicon-32x32-1.png beauvoir Archives - Mes attaches invisibles https://www.alexandrastrauss.fr/tag/beauvoir/ 32 32 Lire, écrire, l’été est là https://www.alexandrastrauss.fr/lire-ecrire-l-ete-est-la/ https://www.alexandrastrauss.fr/lire-ecrire-l-ete-est-la/#respond Sat, 28 Jun 2014 09:07:00 +0000 http://www.alexandrastrauss.fr/?p=946 « Pourquoi un livre nous attrape-t-il,  si ce n’est parce qu’il renvoie à une part obscure de nous-même? » Sylvie Gracia, Le livre des visages Ceci est du blog, jailli de ce début d’été, mais de l’écriture aussi, de la pure écriture, idées jetées en pâture aux lettres d’imprimerie,  sensations exprimées, traduites en mots. Lire. Périodes de […]

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« Pourquoi un livre nous attrape-t-il,  si ce n’est parce qu’il renvoie à une part obscure de nous-même? »

Sylvie Gracia, Le livre des visages

Ceci est du blog, jailli de ce début d’été, mais de l’écriture aussi, de la pure écriture, idées jetées en pâture aux lettres d’imprimerie,  sensations exprimées, traduites en mots.

Lire. Périodes de vie, périodes de lecture. Associations dans la mémoire entre un épisode de la vie et un, ou des livres. Celui-ci est lié à un voyage en autobus au fond de l’Anatolie, celui-là à une chaleur intense qui pesait sur Paris, celui-ci à une grippe et aux fièvres qui l’accompagnaient, celui-là à une amitié terminée. Périodes fastes. Périodes sans. Temps de quête où je passe d’un monde littéraire à un autre, temps d’entêtement quand je poursuis un auteur  jusqu’à avoir été jusqu’au bout de son œuvre.

Il y a ces livres que je relis tous les 10 ans tel Ada ou l’ardeur de Nabokov, La montagne magique de Mann, Dalva de Harrison, Les mémoires d’Hadrien de Yourcenar, Austerlitz de Sebald, Guerre et paix de Tolstoi, Le voyage au bout de la nuit de Céline. Ils sont mes proches, mes chouchous, les piliers de ma vie. A eux, je mesure ma permanence, mais aussi mes évolutions, car ils m’apportent à chaque nouvelle rencontre un même plaisir ou un nouveau, le bonheur des retrouvailles, et aussi des découvertes de détails inaperçus lors d’une lecture précédente.

Ecrire. Quand j’écris, il y a toujours cette question qui me poursuit: qui vais-je intéresser ? Alors qu’il ne devrait y avoir que du plaisir. Celui du jaillissement hors de soi de pensées qu’on a besoin d’énoncer. Celui de transformer le flux d’un instant pour lui donner corps dans la durée. Celui d’organiser le chaos intérieur en une construction qui donne du sens. Celui d’être juste cet instant là, cette concentration, ce travail joyeux de la conscience.

Plaire. Ou plutôt savoir que j’ai réussi à mettre les mots qu’il fallait sur des sensations que d’autres ressentent mais ne savent, ne peuvent ou n’osent exprimer. Qu’ils me le signifient. Qu’une ambiance particulière, extraite du souvenir, ou de la digestion du souvenir, ou juste de la brume intérieure des méandres de ma tête, évoque chez une personne qui a une autre expérience du monde, la même musique, ou alors qu’elle lui permette soudain de re-voir, de comprendre, de découvrir une pensée ou une image ignorée qu’elle portait en soi. Le bonheur.

C’est ce que je cherche comme lectrice, ce que je recherche comme auteur.

Pourquoi on lit tel livre ? Et pas tel autre ? Quelles associations de hasards me/vous font soulever celui-ci plutôt que celui-là… Attraction par le titre, l’image de couverture, un conseil, un coup de tête.

Quand je relis certains livres lus à l’époque de mes vingt ans, dans l’idée de les conseiller à mon fils aîné par exemple, ou de me rafraichir les idées à leur propos, ou pour renouveler un bonheur passé, certains que j’ai adorés me tombent des mains et restent des semaines durant sur ma table tandis que je prétends que je vais les terminer. Mais je ne parviens plus à les aimer à nouveau et préfère rester sur mon souvenir. Le livre comme l’écriture qui le produit est la rencontre entre un temps donné, une illumination, une fenêtre qui s’ouvre… et le contenu-matière qu’il est. Certains vous touchent toute la vie, d’autres à certaines périodes.

Je vais me faire brève, puisque ceci est du blog.

L’été donc est venu, moment où l’on se dit qu’on a beaucoup de temps. Qu’on va lire les gros pavés qu’on a laissés longtemps en attente sur l’étagère trop élevée des jours normaux. On s’imagine dans un transat à l’ombre d’un tilleul, ou sous un parasol, dans un train qui vous entraîne vers ailleurs, ou entre les draps presque encore frais au cœur d’une nuit chaude.

Pour cet été, je vous propose quelques suggestions. En échange des vôtres.

Je dirai: Les tribulations de Maqroll le Gabier, ensemble de sept courts romans écrits par l’écrivain colombien mort cette année, Alvaro Mutis, comme son ami Marquez qui lui avait d’ailleurs dédicacé Cent ans de solitude. Ils embarqueront tous ceux qui ne sont pas allés aussi loin qu’ils le rêvaient, ceux qui aiment les aventuriers perdus d’avance, comme ces héros des films de John Huston (Le trésor de la Sierra Madre) Son univers est celui des jungles moites, des traversées maritimes dangereuses, des attentes dans des hôtels louches, des mines d’or vides… Maqroll est un errant lettré qui boit du rhum pour oublier  le travail dévastateur du temps.

Et je dirai l’œuvre autobiographique de Simone de Beauvoir, parce que cette année a été pour moi cette rencontre de son œuvre. Les mémoires d’une jeune fille rangée, La force des choses, La force de l’âge, Une mort très douce, les Lettres à Nelson Algren, la Correspondance croisée avec Jacques-Laurent Bost, pour se plonger dans une époque qui désormais s’éloigne, des années 1920 aux années 1960, se confronter à une vie consacrée à l’écriture, revisiter son exigence, sa lucidité incroyable, sa vie-feuilleton palpitante qui vous emmène marcher dans les Alpes, traîner dans un Paris disparu, voyager au Maroc, au Mexique, dans une Grèce encore vide du tourisme, dans des amours qui se font et se défont, une vie qui se réfléchit, se critique, à travers ses choix et ses déceptions, sa quête incessante du bonheur.

Contemporain et dérangeant, mais lyrique, Mathias Enard, La perfection du tir et son portrait glaçant, mais humain, atroce, d’un jeune sniper au temps de la guerre civile qui fit exploser la Yougoslavie, Rue des voleurs, l’islamisme et les rêves d’Europe, encore un portrait de jeune homme dans la peau duquel le voyage est troublant. Et puis, L’alcool et la nostalgie pour ceux, comme moi, qui aiment la vodka russe, l’idée de traverser le continent en transsibérien et quand la langue française s’envole dans les vapeurs de la boisson et les excès de sentiments.

En bonus, Le livre des visages de Sylvie Gracia, un fascinant journal intime qui révèle autant sur ce que l’on n’ose se dire que sur celle qui l’a écrit. Avec elle, on traverse une période récente de la vie française que sont les années Sarkozy. Une femme se regarde au jour le jour et devient personnage de roman en dévoilant ses pensées. Passage de l’an tranquille à Venise, bonheur familial en Corse, traumatismes de la mort d’être aimés, c’est l’intime, ces moments où le quotidien devient romanesque grâce à l’écriture et parle alors d’universel.

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« Les meilleures choses de la vie naissent ainsi, les livres, les amours, les rencontres. Sans attente ni désir. S’imposent parce que là, devant soi, redessinant l’horizon. « 

Sylvie Gracia, Le livre des visages

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Avec Simone de Beauvoir, écrire sa vie, écrire le temps https://www.alexandrastrauss.fr/avec-simone-de-beauvoir-ecrire-sa-vie-ecrire-le-temps/ https://www.alexandrastrauss.fr/avec-simone-de-beauvoir-ecrire-sa-vie-ecrire-le-temps/#comments Mon, 17 Mar 2014 12:22:50 +0000 http://www.alexandrastrauss.fr/?p=900 Lundi 1er mars 1948 Premier jour de printemps, suave et doux avec un soupçon de tristesse. Dans mon cœur aucune tristesse. 4 mars Mon bien-aimé. Paris est plus beau que jamais. Assise dans les jardins du Luxembourg, j’ai longtemps contemplé les arbres dénudés, noirs contre le ciel rose. 7 mars Je suis très heureuse en […]

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Bourgeons de marronnier, Paris 2014

Bourgeons de marronnier, Paris 2014

Lundi 1er mars 1948

Premier jour de printemps, suave et doux avec un soupçon de tristesse. Dans mon cœur aucune tristesse.

4 mars

Mon bien-aimé. Paris est plus beau que jamais. Assise dans les jardins du Luxembourg, j’ai longtemps contemplé les arbres dénudés, noirs contre le ciel rose.

7 mars

Je suis très heureuse en ce début de printemps. Le soleil a fait brusquement irruption, si chaud qu’on s’est débarrassé des fourrures, on a sorti les costumes légers. J’ai tiré du placard le manteau blanc. Les enfants jouent dans les jardins, les Parisiens se bronzent le visage aux terrasses du boulevard Saint-Germain. On se promène sans se presser, on croise des amis qui en font autant, on sens que tout le monde est heureux, sentiment bien plaisant.

Lettres à Nelson Algreen, Simone de Beauvoir

17 mars 2014

Les feuilles des marronniers parisiens viennent d’éclore. La sève qui pointait, brillante aux bourgeons, depuis quelques semaines, a fait jaillir la verdure. Petites feuilles pendantes, d’une teinte crue, à la fois fragiles et puissantes dans leur élan.

Femmes dans les rues, certaines encore emmitouflées dans les manteaux d’hiver, d’autres déjà les jambes et les bras nus. Visages qui se tendent vers le soleil, premières rougeurs.

Quoi de changé malgré l’écart de presque 70 ans entre ces deux printemps ?

C’est ainsi que la littérature abolit le temps et offre aux hommes du futur le partage de sensations présentes.

A travers ses récits autobiographiques, où Simone de Beauvoir analyse sa vie sans complaisance, ses correspondances, intimes et spontanées, ses romans où elle transfigure et déguise les mouvements de sa vie, l’image de la sévère dame au turban est enfin dépassée et l’écrivaine s’affirme comme une amoureuse du bonheur, sensible aux variations des saisons.

Cette femme amoureuse de la vie me touche au point de tenter la traversée de son œuvre entière, qui est le résultat de ce pari qu’elle fit de ne pas choisir entre le bonheur de vivre et la nécessité de faire œuvre.

On se fait souvent de la littérature une idée plus romantique. Mais elle m’impose cette discipline justement parce quelle est autre chose qu’un métier: une passion ou, disons, une manie. (…) Les résonances en moi d’un incident, d’une lumière, l’éclat d’un souvenir ne sont pas concertés, ni la chance d’une image ou d’un mot.

La force des choses I, Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir a soixante ans de plus que moi. Génération de ma grand-mère donc.

Mais très différente de ma grand-mère. Qui ne l’a pas lue d’ailleurs.

Ma grand-mère n’est pas une intellectuelle. Elle est mère de famille. Elle ne s’est jamais engagée hors de la sphère familiale.

Je suis donc plus proche de madame de Beauvoir que ne l’était ma grand-mère.

Même si je suis mère de famille.

Comme elle, je me bats au quotidien entre bonheur de vivre et bonheur d’écrire, malheurs de la vie et malheurs d’écrire. Sans jamais vouloir faire le choix entre les deux, sachant que la vie nourrit l’écrit, et que l’écrit enrichit la vie.

Quand je me suis plongée dans l’écriture des Démons de Jerome Bosch, je n’ai pas fait autre chose que de tenter de comprendre avec ma voix ce regard qui avait 500 ans et me bouleversait tant.

Accompagner des personnages romanesques, c’est la liberté de reconstruire le monde pour le comprendre et pour le vivre doublement, triplement, inventer dans le temps des voies parallèles, pour l’arracher à sa fuite, revivre les bonheurs, en vivre certains inconnus, improbables, impossibles.

Le bonheur est une vocation moins commune qu’on imagine […] Dans toute mon existence, je n’ai rencontré personne qui fût aussi doué que moi pour le bonheur, personne non plus qui s’y acharnât avec tant d’opiniâtreté. Dès que je l’eus touché, il devint mon unique affaire.

La force de l’âge, Simone de Beauvoir

Bonheur de l’enfant solitaire en vacances à la campagne, qui lit, qui rêve, observe les insectes et le ciel.

Récits de ses marches solitaires autour de Marseille quand elle était jeune enseignante.

Eblouissements lors de ses voyages en Sicile, en Grèce, au Maroc, au Mexique…

Transformation de la jeune fille rangée en écrivaine.

Lettres d’amour dictées par la séparation, mots de résistance à la réalité.

Ce qui m’émeut tant dans les mémoires de Simone de B., c’est la fragilité de la personne qui décrit le bonheur qu’il sait déjà terminé mais que l’écriture fait revenir et donne au partage.

Ils se contentent de tuer le temps en attendant que le temps les tue.

Tous les hommes sont mortels, Simone de Beauvoir

C’est aussi cela qui m’interpelle dans Beauvoir. Ce refus de rester en marge, cette volonté d’agir dans son époque, de prendre des risques. A propos du printemps 1939 qui est pour elle un tournant dans sa vie, le passage d’une période de la jouissance égoïste au temps des engagements, elle écrit:

En s’abstenant, on prend position.

La force de l’âge, Simone de Beauvoir

Mars 2014. Dans le métro parisien, les visages sont fermés sur eux-même.

Appliqués à taper des sms, à jouer à déplacer des petits carrés colorés, à écouter de la musique dans leurs écouteurs.

Je regarde les nouvelles sur internet.

Pas très gai.

Les élus ne tiennent pas leurs promesses, ralliés sans états d’âme à des modes de fonctionnement mercantiles, carriéristes et destructeurs.

La terre se dégrade lentement.

Dans de nombreux pays, on s’entretue sans espoir d’inverser l’Histoire.

Je cherche ma place dans mon temps.

Ce que j’ai cherché à exprimer dans Les démons de Jérome Bosch, cette angoisse face à la folie humaine, continue à me travailler intérieurement, de manière lancinante.

Assise toute la journée, suivant le monde à travers un écran, je communique avec lui par des mots écrits, qui s’accumulent.

Alors que faire ?

Qu’est ce que l’engagement ?

La vie d’écrivain-e, de peintre est-elle comme toutes les autres une défaite quotidienne ?

En attendant, je lis Beauvoir qui est un excellent stimulant de la pensée.

Et j’écris, à sa suite, la joie de vivre un printemps de plus.

Je « suis » ces mots qui me traversent.

La Madeleine à la flamme filante, Georges de la Tour, vers 1638-1640, Musée d'art du comté de Los Angeles, Los Angeles, USA

La Madeleine à la flamme filante, Georges de la Tour, vers 1638-1640, Musée d’art du comté de Los Angeles, Los Angeles, USA

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